Bon, comme ça fait maintenant plus d’un mois que Black Panther est sorti, je peux enfin le dire sans avoir peur d’être massacrée: le film m’a un peu… déçu.

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Alors, je vais TOUT DE SUITE préciser ma pensée avant de me faire insulter: je trouve que Black Panther est un trèèèèèès bon film (certainement un, si ce n’est LE meilleur film Marvel jusqu’à présent), mais la hype autour m’avait fait miroiter un petit peu plus que ça… Un tournant! Que dis-je?! Une révolution même!!!

Ce n’est donc PAS le film Black Panther en soi qui m’a déçu, mais bien le gap entre le tapage médiatique autour et ce que j’ai vu au ciné. En gros, ça va vous paraître con, mais je pensais que j’allais éprouver cet incroyable sentiment d’appartenance qui a déferlé sur les réseaux sociaux avant, pendant et après la sortie du film. Bref, que j’allais me sentir Wakandienne (Wakandaise? Wakandoise? Wakandanaise?) jusqu’au bout des ongles. Résultat des courses: ben pas vraiment.

BUT, WARUM?

Vu que je ne pouvais pas en rester là, je me suis questionnée sur le pourquoi du comment. Car soyons honnête: le film est bien, les visuels sont magnifiques, l’histoire est plutôt crédible (pour un film de super-héros), les acteurs sont bons, les relations entre les personnages sont bien développés et l’idée « d’une Afrique » qui n’aurait pas subi la colonisation fait rêver. De plus, le « méchant » est relativement complexe et les questions posées autour de ses motivations sont plus qu’intéressantes. Bref, la recette est la bonne, la sauce prend et l’assiette qu’on t’amène te donne envie. Mais c’est comme si on m’avait survendu un plat. Un plat très bon certes, mais finalement pas si incroyable que ça.

Une grosse GROSSE partie de la hype qui a précédé la sortie de Black Panther a tourné autour du fait que c’est un film avec un super-héros noir, des acteurs noirs, un réalisateur noir, etc. Dans un monde (et surtout un pays, les Etats-Unis) qui a vu la récente mise en lumière des mouvements tels que Black Lives Matter ; où le hashtag #OscarsSoWhite a beaucoup fait parler de lui et où les notions d’humanité et de représentation des Afro-Américain.e.s (et plus globalement des Noir.e.s) sont aussi présentes ; il est bien naturel que Black Panther ait une résonance aussi forte.

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De l’importance de la représentation

Pour moi, la représentation reste une question… mmh… épineuse. Je vous donne le contexte: bien que née en Europe, mon père m’a (depuis petite) toujours dit qu’on n’était « pas chez nous ici ». Une manière comme une autre de nous préparer au racisme et de nous rappeler nos origines. Ayant grandi avec cette idée, je ne suis jamais partie du principe que les choses étaient « faites pour moi » ici. Je n’ai donc jamais été frustrée de ne pas trouver de Barbie noire par exemple, et je n’ai jamais attendu de Jean-Luc, Françoise ou Antoine qu’ils construisent, fassent ou créent « pour moi », c’est-à-dire pour une fille/femme noire. Et ce n’est pas parce que mon prof de français au lycée était sûr que je ne savais pas parler « la France » la première fois qu’il m’a vu, que ça m’a fait un jour douter de mes capacités.

Cela étant dit, je suis persuadée que d’avoir 1) autour de soi des modèles positifs qui nous ressemblent et 2) la sensation de faire partie intégrante de la société dans laquelle on vit (et donc d’être visible au niveau mainstream), sont des choses très importantes. Et c’est là que Black Panther fait très fort.

Dans ce domaine, je suis en général assez sensible aux initiatives créées par les afro-descendant-e-s. En effet, je pense qu’on nous a tellement privé de notre histoire dans le passé – merci la colonisation, l’esclavage et les livres d’histoire – que la représentation ne suffit pas. Pour moi, c’est vital que nous racontions nos propres histoires. Et c’est peut-être là que le bât blesse pour moi avec la hype* autour de Black Panther: car il ne faut pas oublier que c’est une adaptation (certes par un réalisateur et un co-scénariste afro-américains) d’un personnage de comic book créé par deux hommes blancs américains, le tout dans une production Marvel/Disney.

*encore une fois, je précise que ce sont la plupart des projections faites et ce qui est dit autour du film que je questionne. Pas le film lui-même.

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Mon moment préféré…

 

Alors, ça n’enlève rien à l’importance, aux qualités et au travail de fou derrière Black Panther. Et peut-être qu’au final, je suis juste jalouse des gens qui ont adoré le film. 😉 Mais je trouve que les Américains ont cette incroyable capacité à nous vendre leur vision du monde dans la culture pop (c’est un film révolutionnaire, on n’a jamais fait ça avant, enfin l’Afrique représentée, etc, etc). D’ailleurs, quand on dit que ce film met en avant la « culture africaine », ça me fait encore et toujours dresser les cheveux sur la tête… #AfricaIsNotACountry. J’ai souri devant le mash-up au niveau des costumes, des accents (ahlala Chadwick!) et des inspirations musicales.

En même temps – et c’est certainement ça qui est important aux US – peut-être que le film marquera un tournant pour Hollywood en prouvant enfin qu’un long-métrage/blockbuster « black » peut marcher et exploser au box-office. Ceux qui ont vu Get Out et Moonlight le savaient déjà, mais ça vaut toujours la peine de le répéter!

 

Post-scriptum: j’avais plein d’autres choses à dire, notamment sur la place des femmes et les motivations d’Erik Killmonger (et donc les relations entre les Africains du continent, ceux de la diaspora et les Afro-Américains), mais je connais mes limites et ça m’aurait fait écrire tout un pâté. On se garde ça pour une prochaine fois! 😀

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