À 25 ans, c’est avec une énergie à revendre et des projets plein la tête qu’Ashley raconte en photo sa vision du monde qui l’entoure. Rencontre un lundi après-midi dans un café cosy de la capitale vaudoise, pour parler d’elle et de sa prochaine expo intitulée « Black Love »…

Présente-toi un peu pour commencer…
Alors, je m’appelle Ashley Moponda et j’ai 25 ans. Née à Lausanne, je suis une artiste photographe autodidacte.

Qu’est-ce qui t’as amené à t’intéresser à la photographie?
En fait, j’ai toujours été sensible à l’art. J’ai grandi avec des artistes, notamment le meilleur ami de mon père qui était artiste peintre. Je le voyais travailler tous les dimanches. Et même si on ne pouvait pas toucher à ses pinceaux, on pouvait regarder ce qu’il faisait. Ma soeur dessinait aussi beaucoup, j’ai donc toujours baigné dedans sans vraiment m’en rendre compte. À l’époque, j’avais un profil plutôt littéraire et je m’intéressais surtout à la mode.

Je suis ensuite allée vivre en France pendant 3 ans, mais j’ai dû revenir en Suisse en plein cursus scolaire à cause de problèmes de santé. À ce moment-là, l’art et la photographie sont devenus en quelque sorte une thérapie pour moi. J’ai pu ainsi sortir de ce cocon médical oppressant, où je n’étais perçue que comme une malade. Et c’est à travers ça que j’ai trouvé ma guérison.

La photo m’a permis de me retrouver, de rencontrer des gens, de bouger. Et j’avais besoin de me reconnecter avec les autres après ces quelques mois de maladie. J’y ai trouvé un moyen d’exprimer qui je suis, ce que j’ai envie de raconter et finalement comment je me définis en tant qu’individu.

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Melanin in Love, 2016

Quelles sont les choses, ou les personnes, qui t’inspirent ou t’ont inspiré?
C’est la vie. C’est la rue, c’est les gens, c’est ce que je vis. C’est mon environnement qui m’inspire beaucoup. Et je crois que c’est justement ça qui est difficile parfois… quand tu ne te sens pas en adéquation avec ton environnement, c’est dur d’être inspiré ou d’être créatif. J’éprouve d’ailleurs souvent le besoin de voyager. Mais plus concrètement, je vais souvent chercher l’inspiration sur Pinterest actuellement! 😀

Je suis aussi très sensible au photo-journalisme, qui représente pour moi quelques chose de plus réel, de plus concret et authentique. Pour exemple, j’ai toujours été fascinée par les photos du Che [Guevara] prises par René Burri (ndlr: photo-journaliste suisse aujourd’hui décédé).

Tu dis avoir besoin de voyager pour trouver de l’inspiration. Te sens-tu en adéquation avec le pays où tu vis [càd la Suisse], et si non, pourquoi?
La réponse est malheureusement non, parce que j’ai l’impression d’être née dans un pays qui ne me reconnait pas vraiment. Je suis femme, je suis noire, je suis artiste et rien n’atteste du fait que j’ai ma place ici. Mais malgré tout, si je n’ai pas ma place ici, j’ai ma place où? C’est toute la question d’arriver à exister dans un environnement qui ne t’es pas « dédié ».

Justement, en parlant de se faire sa place, parle-nous de ta prochaine exposition photo.
Ma prochaine expo s’appelle Black Love (l’Amour Noir) et le vernissage aura lieu la semaine prochaine, le 23 novembre à Lausanne. Black Love est la suite de mon premier projet personnel Melanin in Love (Amoureux de sa mélanine). On y retrouve le mot Love car pour moi, l’amour est l’essence de toute chose et je pense que si on ne s’aime pas soi-même, on peut difficilement aller vers l’autre.

Si je replace les choses dans le contexte « socio-économico-politique » dont je parlais tout à l’heure, c’est frustrant pour moi de ne pas être représentée dans les médias. Pour la petite histoire, j’ai été formée dans le milieu de la presse, puis j’ai touché à la radio et la télé. J’y ai vu très peu de gens comme moi: femme, africaine, artiste, jeune… Et pour moi, les médias sont le pont entre le peuple et la politique. Donc si je ne suis pas représentée dans les médias, je peux difficilement être représentée au niveau politique. C’est donc un cercle vicieux dont j’ai envie de parler à travers mon art.

Black Love finalement, c’est qu’un titre, c’est un peu un clin d’oeil à mon histoire personnelle et j’espère que beaucoup pourront s’identifier à cette démarche.

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Black Love, 2017

Est-ce que tu penses que c’est important d’être représenté [dans la société] pour arriver à s’aimer?
Aimer est un mot fort, mais je pense que oui. En tout cas, à un moment de sa vie. Quand on se construit, quand on apprend à se connaître soi-même, je crois qu’on a effectivement besoin de s’identifier à des choses ou à des modèles positifs qui nous ressemblent.

Quels sont les domaines de la photo que tu aimes travailler ? Et pourquoi ?
J’ai touché à plusieurs choses: j’ai fait des photos de concert, des événements… mais finalement, ce que j’aime c’est faire des portraits, prendre les gens en photo. C’est capturer des émotions, mettre en avant des expressions, des personnes, peu importe comment ils/elles sont. Quand je prends quelqu’un en photo, il y a quelque chose qui se passe. Un moment intime avec la personne. Une pause dans un monde où tout va très vite et où on est sollicité tout le temps.

D’un point de vue technique, quel matériel photo utilises-tu?
Un vieux Canon 600D, que j’utilise depuis plusieurs années. Depuis, j’ai plutôt investi dans l’achat d’objectifs. Peut-être que je m’offrirai un nouveau appareil l’année prochaine…!

Tes projets actuels et futurs ?
Déjà mon expo à la fin du mois! Ensuite, je suis en train de monter ma propre start-up qui proposera des outils audio et visuels de communication à ses clients. Je n’en dis pas plus pour l’instant, vu que c’est en cours, mais je me réjouis déjà de cette nouvelle aventure!

Le mot de la fin…
Tout d’abord, merci à toi et aux personnes qui m’entourent et m’encouragent depuis toujours. Et j’aimerais dire ceci aux personnes qui liront cet interview: Croyez en vous, car il y a de la place pour tout le monde. On est dans une ère où on peut faire plein de choses. Ne lâchez rien et faites ce que vous aimez, c’est la clé du succès.

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Melanin in Love, 2016

Suivez Ashley sur Instagram, Tumblr et Soundcloudet retrouvez toutes les infos sur son expo ici!

Photos ©Ashley Moponda

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